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 SHOREHAM SAVEURS (EDDY)

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Claire Bleu
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ma vie, ma seule,
est comme un aspirateur
((elle aspire et se vide))


...
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MessageSujet: SHOREHAM SAVEURS (EDDY)   Dim 6 Aoû - 21:06

Claire a perdu Simo dans les rues, car il fallait bien qu'à un moment ils se quittent, ils n'allaient pas rester éternellement ensemble. Claire l'a perdu mais dans Shoreham elle a trouvé, par-ci par-là, quelques étincelles gourmandes. Les tomates du maraîcher pas très commode. Les disques vinyle de la brocante. Quelques bouteilles de rhum où l'on trouvera bien le moyen de glisser un mot dedans, nano appel au secours, ridicule et glissé au fond, tout près du verre. Une brosse à dents électrique. Des sucettes pierrot gourmand. Claire s'est perdue mais chaque objet qu'elle trouve la rapproche de la sortie (lointaine sortie, malheureusement, si lointaine !). Elle ne retrouve plus le chemin de la maison. La rue dans laquelle elle s'est fourrée, impossible de la reconnaître. Son bâton la guide mais si peu, si peu, si vite elle déchante, cognée dans quelques murs, bousculée par un passant. C'est pas grave, Claire le sait. Ce soir elle sera à la maison. Et sœur et mère auront préparé le dîner. Et elle pourra s'assoir et reprendre la routine. Mais Claire est perdue. Seule. Une autre fois. Comme autrefois. D'un coup, brutalement, les lampadaires sont des géants armés jusqu'aux dents, les voitures, de grands sangliers qui fondent, concentrés, dans la masse humaine. La houle-barrière. Il faut franchir cette barrière.
Un sauveur. Qui la hisse sur un trottoir. Un sauveur qui a la même odeur que Simo. Qui a une voix semblable. Elle approche ses mains, ses doigts amaigris par la fatigue (la couardise passagère, conséquence d'être exténuée de vivre), vers le visage de l'homme (c'est bien un homme), passe sur ses traits, chaque esquisse faite de chair, elle sonde, ravivée par l'idée, seule, que ce soit Simo. Ce n'est pas le cas. Même si elle sait que ce n'est pas son chevalier (elle l'aurait reconnu, tout de même, mais le doute la saisit) elle appelle, pleine d'espoir :
Simo ?
Et, le désespoir aidant (l'infortune aussi) :
Ramène moi à la maison !
Qui qu'il soit, qu'il la ramène.
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Eddy Butler
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MessageSujet: Re: SHOREHAM SAVEURS (EDDY)   Lun 7 Aoû - 19:47

C'est la cohue aujourd'hui. Les gens fourmillent dans les quelques rues commerçantes de Shoreham. Il faut dire que ce n'est pas très grand, mais assez pour soupirer toutes les deux secondes, pour jeter des regards froids à cette mère de famille qui ne daigne pas se bouger le cul avec sa poussette, à marcher sur les pieds de la grand-mère qui peine encore à se mouvoir, à affirmer le peu de masculinité qui lui reste en jouant des coudes et des épaules. Eddy ne comprend pas ce qu'il se passe aujourd'hui. Il pense que tous les connards de la ville se sont donnés rendez-vous ici. Comme s'ils avaient mis au point un complot pour l'emmerder, comme s'ils s'étaient passés le mot qu'Eddy Butler serait là aujourd'hui, à telle heure et à tel endroit et comme on ne l'aime pas, on ira lui montrer en revêtant notre plus belle moue et on lui tournera le dos.
Seul contre tous.
Mais tout le monde s'en fout d'Eddy.
Qu'est-ce qu'on pourrait bien faire d'un type qui revient d'on ne sait où, qui vient s'échouer comme une algue flétrie après s'être faite secouer par les lames de fond. Eddy a été brimbalé violemment. Il est passé dans le tambour d'une laveuse, pendant tout le cycle, jusqu'à l'essorage. Il est revenu à Shoreham vide. Il n'est devenu qu'un insecte putride qui n'a laissé que sa carapace. Et on prend un malin plaisir à l'écraser du bout des doigts. Des relents d'une animosité que le Surmoi n'a pas su museler.
Mais il y a de ces créatures qu'on souhaiterait protéger. Ces bestioles qu'on ne veut pas détruire avec notre semelle, simplement parce qu'un con a osé décréter qu'il y en avait des plus belles que d'autres, des plus mignonnes et des plus attendrissantes. Au loin, Eddy la voit, à travers les étalages colorés mais bordéliques, disposés comme des obstacles sur le trottoir. Elle est de celles qu'il faut surveiller et l'abriter des gros poings véhéments et des pas maladroits qui manqueraient de l'annihiler. Même un nouveau-né pourrait ne faire qu'une bouchée d'elle. Ses gestes paniqués alertent Eddy. Elle est perdue, ses sens sont embrouillés et l'expansion artificielle de son bras n'a plus aucune utilité dans cette vague humaine. Des moutons de Panurge qui sauteraient un à un dans un gouffre remplie de lave ardente ou même d'une bonne quantité de merde, sans y réfléchir un instant.
Il se faufile, poussant au passage quelques corps sans prendre la peine de s'excuser. Il fait tomber quelque chose qui se fracasse sur le sol. Son torse est fier et son regard droit. Il ne se retournera pas, car il en a rien à faire et il n'en aura rien à faire. Peut-être même que la vieille qui tient le stand est en train de s'égosiller. Il n'entend rien, il la regarde juste, s'égarer comme un agneau échappé (oublié) du troupeau. A cet instant, Eddy voudrait être un super-héros, comme ceux de ses vieilles bédés. Du bout de ses doigts, il s'imagine dégommer tout le monde, virer tous les obstacles qui se transforment en prédateurs pour elle.
Eddy arrive à son niveau. Il la prend sous son bras et l'élève sur le trottoir, avant qu'elle ne se retrouve la tête dans le caniveau.
- Je suis là.
Ses mains tremblotantes se posent sur le visage d'Eddy. C'est drôle, ça lui fait quelque chose. Elle a les mains à la fois si douces, mais si dures. A vrai dire, ses mains sont sûrement devenues ses plus sûres cuirasses qui la protègent du monde extérieur. Elle a l'air paniqué. Si paniquée qu'elle ne reconnait pas Eddy. Il faut le dire, les gens ne s'attendent plus à voir Eddy. Il ne l'attendent même plus d'ailleurs. Alors si ce n'est pas Eddy, c'est Simo.
Elle appelle à l'aide. La main d'Eddy s'enroule autour de la sienne.
- Je te ramène.
Il n'a même pas eu le courage de lui dire qui se tenait vraiment face à elle.
 
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Claire Bleu
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MessageSujet: Re: SHOREHAM SAVEURS (EDDY)   Lun 7 Aoû - 21:18


J'sais bien que tu n'es pas Simo.
Elle a juste besoin d'y croire, car tant d'indices portent à confusion. Si ce n'est pas lui, qui est-ce ? Mais Claire, main dans la main avec celui qui est venu, se sent bien. S'il la ramène, ça va. Par n'importe quel chemin, elle s'en fiche. Elle a envie de rentrer. Auprès de qui ? Qu'importe. À quelle heure ? Pas d'importance. Il est temps de se laisser aller, porter par la vague en s'accrochant à une main, à petit bout d'homme qui vient de la repêcher. Un magicien de l'humain. Ce qu'il faut pour avoir confiance. Se laisser bercer. D'apprendre l'inconnu. Il est temps de savoir.
Attends...
Claire repart chasser du bout des doigts les traits du Sauveur (elle sait que personne n'aime trop ça, mais tant pis, elle aimerait bien savoir). Dans les contes, le prince (c'est souvent les princes) se souvient toujours d'un détail que tout le monde a oublié. Dans les bédés, un miracle de produit et le héros à une illumination. Claire voudrait qu'on l'éclaire un peu. Elle ferme les yeux, même s'ils sont déjà voilés. Se laisse encore une fois, porter. Flux de pensées. Chacune converge vers Simo. Très longtemps, dans un jadis un peu rouillé (mais pas révolu, pas totalement), Simo avait un frère. Ils n'en parlent pas souvent, du frère. Cela fait longtemps que Claire n'avait pas pensé à l'absent. Elle voulait, sans doute, le préféré au présent. Maintenant qu'ils sont dans le futur, elle ne sait plus quoi faire. Alors elle rouvre ses yeux et reprend la main du frère. Fixe son visage (pas trop, il s'éveille en ces rues).
Ton nom, c'est...
Eddy. Voilà, c'est ça. Eddy. Butler. Eddy Butler. Presque comme Rhett Butler dans Autant en emporte le vent. Enfin non, pas vraiment. Mais Eddy.
Eddy. Tu es le frère.
Claire est fière de sa mémoire. Lui reste plus que ça. Ils marchent un peu, dans la vague des corps, la valse lente des animaux qui savent penser aux futiles choses de l'existence. C'est très psychologique.
Je suis contente de te rencontrer.
Fin de la métamorphose psychique. On passe au concrès. Il est démasqué. Il n'y a pas eu trop de lumière. Un peu de feu suffisait.
Tu me ramèneras à la maison, vraiment ?
Vraiment...
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Eddy Butler
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MessageSujet: Re: SHOREHAM SAVEURS (EDDY)   Lun 14 Aoû - 9:44

Elle sait que ce n'est pas Simo.
Sûrement parce qu'Eddy dégage un truc bien plus dégueulasse, une aura fracassée, un truc qui tombe en lambeau et on en arrache les morceaux en se délectant, prétendant que ça nous soulage. Comme un vieux vase fendu dont on se sépare à contre coeur, on se dit qu'il était beau mais qu'on en aura plus besoin puisque désormais, il ne sert plus à rien. Alors on l'attrape à pleine main et on l'envoie balader contre un mur, en prétendant que ça fait du bien.
Et Eddy n'aurait pas pu prétendre d'être Simo un peu plus longtemps. Il sait très bien que quelque chose se trame entre Claire et lui. Eddy n'a jamais été très dupe, et même bien au contraire, il a toujours eu un flair hors du commun pour des choses futiles, à l'instar des sentiments. Il sait que ce n'est pas de l'amour, mais que c'est tout aussi fort et tout aussi beau. Simo est présent pour elle. Il doit y trouver quelque chose dans cette relation, un truc qui le fasse se sentir utile pour qu'il se lève le matin avec assez de motivation en se disant que quelqu'un l'attend, quelque part.
Eddy ne sait pas imiter Simo. Il ne sait plus. Il est parti depuis bien trop longtemps, Simo a changé, il a grandi, ses cheveux ont poussé, son visage s'est raffermi, s'est durci. Il ressemble de plus en plus à un homme, un type à qui on pourrait faire confiance.
- Attends...
Les mains de Claire entament leur parcours sur les traits vallonnés d'Eddy. Il s'imagine ce qu'elle doit ressentir. Peut-être que du bout de ses doigts, elle se figure un drôle de paysage où chaque organe représente un arbre, une montagne, une plage ou encore le grand océan. En s'imaginant ces scènes, elle doit sûrement trouver les gens plus beaux, ou bien l'inverse. C'est vrai, puisqu'elle ne peut voir la gueule qui se tient devant elle, elle doit être capable de trouver un subterfuge pour se projeter les corps des gens. Alors elle doit jouer de ses sens actifs en participant à une incroyable danse polysensorielle. De là, elle serait capable de voir ce qui se tient vraiment devant elle, ce qu'il y a encré au plus profond des âmes qu'elle analyse. Elle parvient à découvrir Eddy. Il s'étonne en arborant un sourire admiratif. Faut croire qu'on ne l'a pas oublié. Si une aveugle parvient à le reconnaître, alors les autres pourraient être capables d'en faire de même.
Elle dit être heureuse de le rencontrer. Eddy lève les yeux au ciel. Faut dire qu'il débecte toutes ces formules de politesse qu'on jette dans les conversations comme un bout de viande dans la gueule des loups. Feindre le contentement, des mots crachés instinctivement juste parce que quelqu'un a inventé la politesse un jour où il devait s'emmerder, et a prétendu que c'était joli, que c'était nécessaire et que les hommes en avaient besoin. Sûrement parce qu'on ne peut cacher plus longtemps que l'être humain n'est qu'un animal comme les autres, si ce n'est pire, et que sa seule faculté est de pouvoir se lever sur ses deux jambes et de balancer des injures en tout conscience. Eddy ne lui rendra pas le compliment. Il n'est pas capable de feindre ce sentiment. Il ne sait même pas s'il est ravi de la voir. Faut dire que ça aurait pu sonner faux et il suppose que si elle est capable de reconnaître quelqu'un avec ses phalanges, elle peut tout aussi bien reconnaître le falsifié.
Il rattrape sa main et l'entraîne dans le flot humain qui ne cesse de se terminer.
- Oui je te ramène, ne t'en fais pas.
Qu'est-ce qu'il aurait bien pu en faire, de toute façon.
- Il y a du monde aujourd'hui, qu'est-ce qui t'amène ici ? Les gens sont irrespectueux ici, ils seraient capables de t'insulter parce que tu les effleures. Tu devrais faire attention.
  
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