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 RIRES D'ENFANTS (EDDY)

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Prior Jasson
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AVATAR : Nicolas Ripoll
CRÉDITS : .Cranberry
MESSAGES : 54
ICI DEPUIS : 05/08/2017

MessageSujet: RIRES D'ENFANTS (EDDY)   Sam 5 Aoû - 10:54

Fixer le lointain.
Regarder le soleil s’enfoncer peu à peu dans l’océan devenu bleu marine.
C’est beau. Et tu sais, que tu ne te lasseras jamais de cette vue. C’est peut-être une des choses que tu préfères ici. Celle qui arrive, encore, à te faire rêver, te faire oublier toute cette vie. Guidée par d’autres que toi. Oui, sauf le soir venu quand tes pieds foulent l’asphalte trop noir. Lorsqu’ils t’emmènent jusqu’ici. Petit endroit à la fois si voyant et si secret. Tu y poses ton corps, là, sur le bord de la jetée et tu fixes le lointain. Pour rêver d’un ailleurs ? Pour juste fixer l’horizon se teintant de mille couleurs à la fois si chaleureuses et si froides. La nuit tombe.

Les lumières de Shoreham s’illuminent dans ton dos alors que doucement, les bruits de la ville se font de moins en moins entendre. Tu l’aimes, cette ville la nuit venue. Elle change d’aspect, s’illumine de cette couleur jaune orange si chaude. Oui, elle semble bien plus accueillante et pourtant, si l’on longe les quais, on pourrait y rêver de fantômes. Là, entre les containers froids et puissants. Métaux oubliés, rouillés.

Fixer le lointain.
Puis, entendre des pas s’approcher. Alors, tu laisses le coucher du soleil et tu tournes le regard pour voir approcher un homme. Oh oui, tu l’as déjà croisé quelques fois. Un nouveau. Tu crois. Parce que… Parce que Dieu, qu’il te fait penser à quelqu’un. Alors, tu le fixes, sûrement un peu trop. Tu sais, au point d’être impolis. Mais, mince, tu voudrais vraiment savoir. Pourquoi son visage t’envoie en pleine face tes rires d’enfants. Mais, Prior, tu n’arrives vraiment pas à remettre un nom sur ce visage. Peut-être, ressemble-t-il juste à quelqu’un que tu connais ? Tu sais pas.

Le fixer, lui.
Droit et inflexible.
Tu ne te rends pas compte, Prior que tu ne l’as pas lâché du regard depuis qu’il est apparu au coin de la rue. Non, ce n’est que lorsqu’il est bien trop prêt que tu t’en rends compte. Impolitesse, maman t’aurais tapé pour ça. Mais, c’est trop tard. Et, elle n’est pas là. Essayer de pas rougir, sourire juste un peu. « Bonsoir. » Mais, tu peux pas t’empêcher de continuer, encore et encore de le fixer. Merde, tu n’arrives pas à savoir. T’en es presque sûr. Vraiment. Que tu le connais. « Est-ce…. ». Mais, tu ne sais pas comment, lui dire ça. T’aurais l’air bien bête s’il est vraiment un inconnu. Pourtant, t’es presque sûr Prior que cet homme, tu le connais.

Visage depuis bien longtemps oublié.
Visage incertain qui t’amène tes rires enfantins.
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Eddy Butler
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ICI DEPUIS : 23/07/2017

MessageSujet: Re: RIRES D'ENFANTS (EDDY)   Dim 6 Aoû - 14:11


La nuit tombe, et chaque fois, la même histoire. Les corps s'étalent au rythme chronométré de la course du soleil. La lumière naturelle est remplacée, tant bien que mal, par une lueur rouillée dégueulasse, qui empêche même de voir les étoiles. Dans les rues, les rideaux sont tirés. On ne voit plus que des ombres qui entament une drôle de danse, étrangement mécanique et synchronisée, les unes avec les autres. C'est dire qu'ils sont tous pareils ici. Les mêmes gestes tous les soirs, les mêmes mots et tous ces sourires. Même un aveugle pourrait voir leur hypocrisie, avec seulement le bruit de la bouche qui se tort d'une façon précise et particulière.
Eddy ne voit plus les étoiles. Il ne les cherche plus non plus, à vrai dire. Il a sûrement oublié ce que c'était d'ailleurs. Les seules fois qu'il lève la tête au ciel, c'est seulement pour voir si les nuages sont en chemin. Simo et lui avaient l'habitude de s'allonger là-bas, sur le sable dur de la seule plage convenable de la ville. Ils y étalaient leur corps encore frêle, puis attendaient patiemment que le soleil dégringole, pour enfin apercevoir la lune et ses petites soeurs briller.
De toute façon, qu'est-ce qu'on peut bien en faire, des étoiles. C'est ce qu'Eddy souvent. Il prononce cette phrase des centaines de fois par jour. A propos de la fille du voisin, à propos du vieillard qui vient de perdre sa femme, à propos des dernières élections. Qu'est-ce qu'on peut bien en faire ? Il n'en sait rien et il se dit que les autres, n'en savent pas plus non plus. Et puis il s'en fiche.
Mais ce soir-là, il pensait aux étoiles. Il a vu son frère s'échapper par la porte de la maison familiale. Il s'est souvenu d'eux deux, courant vers la plage pour y décrocher les astres. Il aurait voulu le suivre ce soir, mais il n'en avait pas le courage. Puis c'est encore un gosse, et Eddy lui, ne veut pas être un père. Alors Eddy s'est dirigé vers ce cimetière de ferraille. Là-bas, la lumière y est moins forte et il sait qu'on peut y voir quelques étoiles briller, et parfois même, se refléter dans les eaux sombres de l'océan. Sa main droite effleure les vieux containers, laissant échapper un bruit sourd qui résonne pendant quelques secondes. Il se dit d'ailleurs qu'il pourrait enregistrer ce drôle de son.
Là-bas, quelqu'un se tient, assis au bord du dock. D'ici, on pourrait croire qu'il est prêt à se jeter dans un gouffre, enflammé par le soleil et ses vêtements de nuit. Eddy ne s'attendait à personne. Il n'attendait personne non plus. A cette heure-ci, les gens se pressent pour rentrer chez eux. La silhouette qui se dessine lui rappelle vaguement quelque chose. Les quelques gestes qui l'animent aussi. Quelque chose s'est déclenché en lui, qui part du coeur et qui se termine dans le cerveau. Une petite machinerie qui vient creuser dans ses entrailles pour déterrer des images enfouies et jaunies. Il y a quelque chose de familier dans l'air. Une drôle de tension qui attire Eddy. Il s'approche. Sans dire un mot, il s'assoit près de l'étranger. Au fond de lui, il le sait : ce n'est pas un étranger, et c'est d'ailleurs pourquoi il s'est approché et s'est assis près de lui. Il ne dit pas bonjour, ni bonsoir d'ailleurs. Le type à côté semble embêté et gêné, même un peu ahuri de voir Eddy s'installer sans rien dire.
Il le laisse parler. On dirait qu'il panique et Eddy, lui, n'a aucun doute. Il rigole même un peu.
- Oui, c'est moi.
Il a vieilli.
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Prior Jasson
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AVATAR : Nicolas Ripoll
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ICI DEPUIS : 05/08/2017

MessageSujet: Re: RIRES D'ENFANTS (EDDY)   Dim 6 Aoû - 16:10

Et le garçon. Non, l’homme, s’assoit là, juste à tes côtés. T’as presque envie de lui demander ce qu’il est en train de faire. Parce qu’ici, c’est ta place. Pas la sienne. Mais, oui, y a bien ce petit doute qui continue encore et encore de s’insinuer. Alors, tu ne dis juste rien. Le fixer. Pour savoir. Pour te souvenir d’où tu le connais. Oui, jusqu’à l’entendre. Quelques mots prononcés dans le vide de la nuit. Et, y a tout qui revient, Prior. Tu sursautes, le fixes les yeux grands ouverts. Oui. C’est bien lui.

Et les rires d’enfants viennent jusqu’à tes oreilles.
Tu vous revois courir entre les containers, tu vous revois vous blottir l’un contre l’autre. Mais, surtout, tu la ressens, cette douleur. Rancœur. Qui t’as noircit le cœur, fait couler les larmes. Parce qu’il est parti. Sans un mot, sans un signe. Alors avant même de prononcer un mot, avant même de pouvoir lui répondre. Ton bras s’élève, s’élance et, ton poing vient cogner violemment dans son épaule. Non, pas son visage. Parce que tu n’es pas quelqu’un de violent, ça non. Pourtant, là, t’as juste eu envie qu’il ressente ne serait-ce qu’un dixième de ce que tu as pu ressentir. Corps qui se redresse, t’as encore grandi depuis qu’il est parti. Oui, même si finalement, c’était y a pas si longtemps. C’était tout même il y a déjà trop d’années. « Tu ! »

Et tu t’agites, tes bras se balançant dans les airs. Tu voudrais lui crier dessus. Dieu, tellement. Fort. Tellement. « T’es parti ! T’es parti ! » Parce que finalement toute ta douleur, tu sais pas trop quels mots mettre dessus. Y a sûrement tes yeux qui crient à ta place. Qui lui montre à quel point ça a pu te peiner, à quel point tu as pu lui en vouloir. Tellement. Et finalement, tu retombes, carcasse qui s’assoit à nouveau, tes genoux remontés sur ton torse. Ton regard continuant de le fixer. Il a vieillit. Toi aussi, sûrement. « C’était bien ? » Parce que tu ne sais pas. Si tu as encore envie d’être fâché contre lui. Tu ne sais pas si tu veux réellement lui faire la tête. Non. Et puis, t’as le cœur qui bat si vite, si heureux. Oui, de le revoir juste-là, à tes côtés. Lui, Eddy.

Rires d’enfants.
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Eddy Butler
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MessageSujet: Re: RIRES D'ENFANTS (EDDY)   Lun 7 Aoû - 20:17


Il a vieilli mais il est toujours aussi beau. Il est même plus beau qu'avant. Eddy ne s'était pas rendu compte que les hommes pouvaient tant changer. Il a toujours pensé que la vieillesse, c'était une affaire de femme. C'est vrai, les femmes portent le fardeau du monde sur leurs épaules. Jusqu'aux rides, jusqu'aux tâches brunes sur leurs joues, jusqu'à leurs articulations qui craquent au moindre effort. Comme Maman. Comme Grand-Mère. Mais elles sont toujours belles.
Il a vieilli, un peu, juste un peu c'est vrai, mais assez pour dire qu'il est maintenant devenu un homme. Eddy se demande alors s'il ne serait pas parti trop longtemps. Il a dû en louper des choses, à l'image de tous ces gens qui ont changé.
Eddy se souvient encore de lui comme un gosse. Un gosse mignon, un peu fluet, qui dégageait une certaine naïveté. Il avait l'air léger. Aujourd'hui, son visage s'est endurci. Eddy discerne la mâchoire détaillée de Prior dans la pénombre qui s'installe. Il a un véritable visage d'homme qui sent le viril, qui sent le masculin et la puissance. On dirait presque une vieille statue grecque. Son visage est encré dans le marbre, et on voudrait presque lui couper la tête pour la garder et l'exposer dans son salon. Son poing s'est cogné sur l'épaule d'Eddy. Un léger sourire se dessine sur son visage. C'est un vrai gars Prior, un gars qui frappe l'épaule des autres gars pour lui rappeler qu'ils sont potes, qu'ils sont frères et qu'il faut entretenir toute cette testostérone, sans ne jamais fléchir et ne montrer une once de sensibilité.
Mais il a l'air triste, Prior. Eddy l'ignore. Il se répète seulement qu'il a vieilli, qu'il est devenu joli, qu'il est devenu un homme, qu'il est grand et fort. Il s'agite devant lui s'il avait quelque chose à dire, comme s'il cherchait ses mots mais que son larynx s'était fait la malle, le laissant seulement avec ses bras et ses jambes.
- C'était bien ?
Eddy lève les yeux. Il aurait voulu envoyer à chacun une lettre avant de rentrer. Une lettre qui ressemblerait à une liste, voire à un règlement, et la première règle serait de ne pas demander si c'était bien, s'il s'était amusé, s'il avait vu des belles choses. Las de se répéter, Eddy aurait dû publier une tribune dans la gazette locale et y raconter une fois pour toutes son épopée et en finir avec toutes ces questions bateau qu'on n'écoute que d'une oreille.
Il sort de sa poche un paquet de blondes, abîmé par le frottement de son jean. Il pince avec ses lèvres le filtre jaune, avant d'attraper son briquet et d'en faire griller l'extrémité.
- Je voudrais y retourner.
Des mots si lourds qu'ils s'écrasent contre le vent et brisent la fragile sérénité de l'instant.
Il ne mesurera donc jamais ses dires.
   
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Prior Jasson
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MessageSujet: Re: RIRES D'ENFANTS (EDDY)   Lun 14 Aoû - 18:35

Et t’as presque les larmes, Prior. Qui viennent là, noyer tes yeux marrons. Oui, t’as presque les larmes quand Eddy, il te dit qu’il voudrait y retourner. Parce que tu comprends pas tout ça. Tu comprends pas pourquoi il est parti. Tu sais, personne t’as dit. Pourquoi. Est-ce que quelqu’un sait au moins ? Tu sais pas. Mais, tu voudrais lui demander. Sans oser. Tu voudrais l’enlacer. Sans oser. Fermer les yeux, juste quelques secondes. « Est…ce... »

Rouvrir les yeux, ta joue appuyée sur tes bras croisés sur tes genoux. Tu le regardes. Le fixes. Le détailles. Lui qui est devenu un homme. Et, tu te demandes un instant, si toi aussi, tu l’es devenu ? Mais, tout ce que tu voudrais lui dire, tout ce que tu voudrais faire, c’est lui dire. Combien il t’a manqué. Lui dire combien de bleus mers, ils t’ont mis là, sur ta peau parfois trop pâle. Lui dire qu’il avait été ton rempart, ton barrage. Et que tu n’avais pas réussi, sans lui, à continuer d’être fort. Parce que tu sais pas. Prior. Comment on devient un homme. Comment c’est, un homme. Le fixer, détailler. Y a sûrement ton regard qui crie ta détresse. Mais, tu veux pas, vraiment, pleurer. Ce soir.

Sourire maigre sur ton visage. « Dit…tu m’emmènerais avec toi ? » Parce que oui. Prior, s’il était venu, là, en pleine nuit, folie dans le regard, murmure dans la noirceur, tu l’aurais fait. Un sac sur l’épaule, ta main dans la sienne. Tu l’aurais suivi jusqu’au bout du monde. Mais. Tu sais pas s’il le sait Eddy. Que tu l’aurais suivi. Tu sais pas s’il le sait Eddy. Tu tends ta main, ton visage se redressant, comme ton corps. Si grand que parfois, tu ne sais plus où le mettre. Les doigts touchent et glissent, là, sur la peau de sa joue, le long des lèvres un peu gercées et, attrapent entre eux le bout jaune de la cigarette. Sourire canaille sur ton visage. Tu l’attrapes rapidement, la tires vers toi. Corps debout. Tu la glisses entre tes lèvres. Sautes en arrière. Fantôme de douceur au bout des doigts. Tu tires sur la cigarette. « Tu viens ? On va se promener ? » Les pieds qui descendent le dock glissent sur les rochers, à la recherche de la mer noirceur.
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